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SASU ou EURL en 2026 : quel statut choisir quand on est freelance ?

Sources :entreprendre.service-public.fr · SASUentreprendre.service-public.fr · EURLurssaf.frdividendes · service-public.fr
Mis à jour le 10 avril 2026·12 min de lecture
L’essentiel en 30 secondes
  • EURL = plus de revenu net (charges SSI ~45 % vs ~80 % en SASU), soit ~5 600 €/an de plus pour 100k de CA
  • SASU = meilleure protection sociale (régime général, retraite cadre, prévoyance) et cumul ARE simplifié
  • Votre situation personnelle tranche : âge, droits chômage, besoin en retraite, projets d’évolution

C’est LA question que se pose chaque indépendant avant de créer sa société : faut-il opter pour une SASU ou une EURL ? La réponse n’est pas universelle, et dépend de votre situation personnelle — revenus, couverture sociale souhaitée, droits au chômage, projets d’évolution.

En 2026, la SASU et l’EURL restent les deux statuts juridiques les plus populaires pour les freelances, consultants et prestataires de services qui dépassent 50 000 € de chiffre d’affaires annuel. En dessous, la micro-entreprise (auto-entrepreneur) reste souvent pertinente. Au-delà, il faut choisir entre ces deux formes de société unipersonnelle.

Après avoir accompagné des dizaines d’indépendants dans ce choix et modélisé des centaines de simulations, nous allons comparer SASU et EURL de manière chiffrée et honnête : cotisations sociales, protection sociale, dividendes, cumul avec les allocations chômage (ARE), fiscalité. Et en fin d’article, un lien direct vers notre simulateur gratuit pour modéliser votre cas exact.

1. SASU vs EURL : les différences fondamentales

La SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) et l’EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée) partagent un point commun essentiel : ce sont toutes deux des sociétés à associé unique, avec une responsabilité limitée aux apports. Mais leurs différences sont nombreuses.

CritèreSASUEURL
Régime socialRégime général (assimilé salarié)SSI (Travailleur Non Salarié)
Charges sociales~75-80 % du net~45 % du net
Protection socialeComplète (maladie, retraite cadre AGIRC-ARRCO, prévoyance)Réduite (SSI, pas de retraite cadre)
DividendesPFU 31,4 % sans charges socialesPFU 31,4 % + SSI au-delà de 10 % du capital
Cumul ARESimple (0 € salaire = 100 % ARE. Dividendes possibles avec accord France Travail)Possible à l’IS sans rémunération. Difficile à l’IR (bénéfice = revenu)
ComptabilitéBilan complet, expert-comptable quasi-obligatoireBilan complet, expert-comptable recommandé
ÉvolutivitéVers SAS (multi-associés)Vers SARL
Régime social — SASU

« Le président de la SASU a le statut d'assimilé-salarié : il dépend, tout comme le salarié, du régime général de la sécurité sociale. »

entreprendre.service-public.fr · Fiche F36240
Régime social — EURL

« Le gérant associé est affilié au régime des travailleurs indépendants. »

entreprendre.service-public.fr · Fiche F36239

En résumé, la SASU privilégie la protection sociale et la souplesse juridique, tandis que l’EURL optimise le revenu net disponible. Voyons cela en détail.

2. Les charges sociales : le plus gros écart

C’est le nerf de la guerre. L’écart de charges sociales entre SASU et EURL représente plusieurs milliers d’euros par an, et c’est le facteur qui influence le plus le revenu net.

En SASU : régime général

Le président de SASU est assimilé salarié. Il cotise au régime général de la Sécurité sociale, comme un salarié classique. Les charges patronales et salariales représentent environ 75 à 80 % du salaire net versé. C’est élevé, mais en contrepartie, vous bénéficiez du régime général complet.

L’astuce classique en SASU : se verser un salaire minimal et compléter avec des dividendes, qui ne sont soumis qu’au PFU de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux), sans charges sociales supplémentaires.

En EURL : régime SSI (TNS)

Le gérant majoritaire d’EURL relève du régime des Travailleurs Non Salariés (SSI). Les cotisations sociales représentent environ 45 % de la rémunération nette. C’est nettement moins que le régime général.

Attention cependant : en EURL, les dividendes versés au-delà de 10 % du capital social sont soumis aux cotisations SSI (~45 %) en plus du PFU. C’est le « piège » classique de l’EURL.

Exemple chiffré : CA de 100 000 €

Prenons un freelance avec un chiffre d’affaires de 100 000 € HT et 10 000 € de frais professionnels. Voici ce que donne une simulation optimisée dans chaque statut :

SASU optimiséeEURL-IS optimisée
CA HT100 000 €100 000 €
Frais professionnels10 000 €10 000 €
Charges sociales~14 600 €~25 400 €
IS + Fiscalité dividendes~24 400 €< 100 € *
IR (après abattement)0 €~10 500 €
Net après IR~50 000 €~53 000 €

* Stratégie optimale calculée par notre simulateur (capital social 1 000 €, célibataire, CFE Paris 1 000 € inclus). SASU : salaire net 19 100 € + dividendes 46 500 € (PFU 31,4 %). EURL-IS : salaire net 64 400 € + dividendes < 200 € — car les dividendes TNS au-delà de 10 % du capital social sont soumis aux cotisations SSI (~ 31 %) + IR (12,8 %) = ~ 44 %, bien plus que le PFU de la SASU.

Écart : ~3 000 €/an en faveur de l’EURL. L’EURL gagne grâce à son régime SSI (overhead ~ 39 % du net) bien moins coûteux que le régime général de la SASU (~ 76 % du net) — pas grâce aux dividendes, qui sont fiscalement désavantagés en EURL-IS.

Alors pourquoi choisir la SASU ? Parce que le revenu net ne fait pas tout. La différence de cotisations finance une meilleure couverture sociale, et la SASU offre un avantage décisif pour les créateurs d’entreprise éligibles aux ARE.

Retour terrain : sur les simulations que nous avons réalisées, l’EURL gagne systématiquement en revenu net pur. Mais dans la pratique, la majorité des consultants IT et prestataires de services qui démarrent avec des droits ARE choisissent la SASU — le cumul ARE est plus simple à gérer, et la différence de ~ 3 000 €/an est vite compensée par 12 à 24 mois d’allocations chômage à taux plein.

3. Protection sociale : le vrai argument de la SASU

La SASU place son dirigeant sous le régime général de la Sécurité sociale, le même que celui des salariés du privé. C’est une différence majeure qui se traduit concrètement de plusieurs façons.

Couverture maladie et prévoyance

En SASU, vous bénéficiez de la couverture complète du régime général : remboursements maladie identiques à ceux d’un salarié, indemnités journalières (IJ) plus élevées en cas d’arrêt de travail, et accès facilité à la prévoyance collective.

En EURL, le régime SSI offre une couverture maladie correcte mais des IJ généralement plus faibles. Beaucoup de gérants d’EURL souscrivent une prévoyance complémentaire Madelin pour compenser, ce qui réduit en partie l’écart de coût.

Retraite

C’est l’un des écarts les plus significatifs. En SASU, vous cotisez à l’AGIRC-ARRCO (retraite complémentaire des cadres), ce qui augmente sensiblement votre future pension. En EURL, vous ne cotisez qu’à la retraite de base SSI, nettement moins généreuse.

Congé maternité / paternité

En théorie, les droits sont alignés entre les deux régimes. En pratique, les indemnités journalières versées par le régime général (SASU) sont souvent plus élevées que celles du SSI (EURL), car elles sont calculées sur la base du salaire brut.

Le coût de cette protection supplémentaire = l’écart de cotisations entre SASU et EURL, soit environ 5 000 à 7 000 €/an. C’est le « prix de l’assurance ». À vous de décider si cette couverture vaut l’investissement, ou si vous préférez souscrire des assurances privées (mutuelle, prévoyance Madelin) pour un coût potentiellement moindre.
Ce qu’on constate : les indépendants de moins de 35 ans avec peu de charges familiales tendent à privilégier l’EURL (plus de trésorerie, retraite lointaine). Les freelances de 40 ans et plus, parents, ou ayant connu un arrêt maladie, choisissent plus souvent la SASU pour la sécurité du régime général.

4. Cumul ARE : avantage SASU, mais l’EURL n’est pas exclue

Si vous quittez un CDI pour devenir freelance, le maintien de vos allocations chômage (ARE) est un enjeu financier considérable — souvent plusieurs dizaines de milliers d’euros. La SASU a un avantage clair, mais l’EURL reste une option viable sous certaines conditions.

En SASU : le cumul le plus simple

En tant que président de SASU, si vous ne vous versez aucun salaire, France Travail considère que votre rémunération est nulle. Vous conservez donc 100 % de vos ARE.

Quid des dividendes ? Les dividendes sont un revenu de capital, pas un revenu de travail. France Travail n’est donc pas en mesure de contrôler directement ce type de revenu. Beaucoup de sites conseillent de cumuler ARE et dividendes en SASU, et c’est généralement accepté. Cependant, un risque de requalification existe : France Travail pourrait théoriquement considérer que le versement de dividendes constitue une rémunération déguisée et vous demander le remboursement de l’ARE.

Notre conseil : avant de vous verser des dividendes pendant la période d’ARE, demandez l’accord écrit à votre agence France Travail. Par expérience, cette demande est bien souvent acceptée et vous pouvez ensuite vous verser des dividendes dès la première année sans crainte. C’est la SASU (et non l’EURL) qui est la forme la plus adaptée pour cela, car les dividendes en SAS/SASU ne supportent pas de cotisations sociales (uniquement la flat tax 31,4 %).

En EURL : possible, mais attention au régime fiscal

Contrairement à une idée reçue, le cumul ARE + EURL est possible, mais il dépend fortement du régime fiscal choisi :

  • EURL à l’IS (impôt sur les sociétés) : si le gérant ne se verse aucune rémunération, France Travail verse 100 % de l’ARE à titre provisionnel, puis régularise annuellement sur la base des revenus réels. C’est le scénario le plus favorable en EURL.
  • EURL à l’IR (impôt sur le revenu) : le bénéfice comptable est considéré comme votre revenu, même si vous ne vous versez rien. France Travail réclame une régularisation et vos ARE sont réduites en conséquence. C’est le scénario à éviter si vous comptez sur l’ARE.

De plus, en EURL, les dividendes versés au-delà de 10 % du capital social sont soumis aux cotisations SSI et sont donc considérés comme un revenu par France Travail lors de la régularisation annuelle.

L’alternative : l’ARCE

Si vous préférez un versement en capital plutôt qu’un maintien mensuel, l’ARCE (Aide à la Reprise ou Création d’Entreprise) vous permet de toucher 60 % de vos droits ARE restants en deux versements :

  • 50 % à la création de l’entreprise
  • 50 % six mois après (sous conditions)

L’ARCE est incompatible avec le maintien mensuel de l’ARE — il faut choisir l’un ou l’autre. Condition préalable : obtenir l’ACRE (exonération de charges, passée à 25 % depuis juillet 2026).

L’impact chiffré

Prenons l’exemple d’un freelance qui quitte un CDI à 60 000 € brut annuel. Ses droits ARE s’élèvent à environ 1 800 €/mois pendant 24 mois, soit 43 200 € au total.

  • En SASU (0 € de salaire) : vous touchez 43 200 € d’ARE intégralement + vous accumulez des bénéfices (futurs dividendes). Simplicité maximale vis-à-vis de France Travail.
  • En EURL IS (0 € de rémunération) : vous touchez 100 % de l’ARE à titre provisionnel. Attention : régularisation annuelle si vous vous versez des dividendes (> 10 % du capital = cotisations SSI = revenu déclaré).
  • En EURL IR : vos ARE sont réduites dès que l’EURL dégage un bénéfice, même non versé.
Notre recommandation : si vous avez des droits ARE importants, la SASU reste le choix le plus sûr et le plus simple. L’EURL à l’IS est une alternative viable si vous ne vous versez aucune rémunération, mais elle implique une gestion plus attentive des régularisations avec France Travail. Vous pourrez toujours envisager une transformation en EURL une fois vos droits épuisés.

5. Fiscalité des dividendes

Les dividendes sont un levier d’optimisation essentiel, mais leur traitement fiscal diffère considérablement entre SASU et EURL.

Le PFU (Flat Tax) : identique pour les deux

En 2026, les dividendes sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 31,4 %, composé de 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Ce taux est identique en SASU et en EURL.

Flat tax (PFU) sur les dividendes — taux officiel

« Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) est égal à 31,4 % : il est composé d'un taux à 12,8 % correspondant à l'impôt sur le revenu et d'un taux à 18,6 % correspondant aux charges sociales. »

entreprendre.service-public.fr · Fiche F32963

Le piège de l’EURL : les cotisations SSI sur dividendes

En EURL, les dividendes versés au-delà de 10 % du capital social (+ primes d’émission + apports en compte courant) sont soumis aux cotisations SSI (~45 %) en plus du PFU. Concrètement, si votre capital social est de 1 000 € (cas fréquent), seuls 100 € de dividendes échappent aux cotisations SSI. Le reste est taxé à plus de 60 %.

L’astuce : augmenter le capital social

Pour limiter ce problème, il est possible d’augmenter le capital social de l’EURL. Avec un capital de 50 000 €, vous pouvez vous verser jusqu’à 5 000 € de dividendes sans cotisations SSI. Mais cela immobilise de la trésorerie.

En SASU : dividendes toujours au PFU

En SASU, les dividendes sont toujours soumis au PFU de 31,4 %, sans aucune cotisation sociale supplémentaire, quel que soit le montant. C’est l’un des avantages fiscaux majeurs de ce statut. La stratégie optimale consiste à se verser un salaire minimal (pour valider les trimestres de retraite) et à compléter avec des dividendes.

6. Alors, SASU ou EURL ?

Il n’y a pas de réponse universelle. Le meilleur statut dépend de votre situation personnelle. Voici un tableau de décision pour vous aider à y voir clair :

Votre situationStatut recommandéPourquoi
Vous quittez un CDI et voulez conserver vos ARESASUCumul ARE facilité, 0 € de salaire = 100 % des allocations
Vous voulez maximiser votre net immédiatEURLCharges sociales plus faibles (~45 % vs ~80 %)
Vous valorisez la protection socialeSASURégime général complet, retraite cadre AGIRC-ARRCO
Vous voulez simplifier la gestionEURLFormalisme juridique légèrement plus simple qu’une SASU
Vous avez un CA > 150 000 €EURLL’écart de charges se creuse au-delà de 150K
Vous prévoyez des associés à termeSASU → SASTransformation vers SAS plus souple que SARL

Dans la majorité des cas, l’EURL est plus rentable en net pur. Mais la SASU reste pertinente dans deux scénarios clés : le cumul ARE (qui peut représenter un gain de 30 à 50K sur 2 ans) et la volonté d’une protection sociale complète sans recours aux assurances privées.

7. Simulez votre situation exacte

Plutôt que de deviner, simulez avec votre CA réel. Notre comparateur calcule en temps réel le revenu net après charges, impôts et optimisations pour la SASU, l’EURL, le portage salarial et la micro-entreprise.

Vous pouvez ajuster le mix salaire/dividendes, activer les optimisations (PER, frais de repas, zéro salaire ARE) et comparer les statuts côte à côte.

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FAQ : SASU ou EURL

Quel est le meilleur statut entre SASU et EURL ?

Il n’y a pas de statut universellement « meilleur ». L’EURL est plus rentable en revenu net pur grâce à des charges sociales plus faibles (~45 % vs ~80 %). Mais la SASU offre une meilleure protection sociale (régime général, retraite cadre AGIRC-ARRCO) et facilite le cumul avec les allocations chômage (ARE). Le meilleur choix dépend de votre situation personnelle.

Peut-on passer de SASU à EURL (ou inversement) ?

Oui, mais c’est une transformation juridique complexe. Il ne s’agit pas d’une simple modification : il faut généralement procéder à une dissolution de la société existante suivie de la création d’une nouvelle structure. Les coûts liés (greffe, publication légale, expert-comptable, avocat) varient entre 1 500 et 3 000 €. Il est donc préférable de bien choisir dès le départ.

Quel est le coût de création d’une SASU vs EURL ?

Les coûts de création sont similaires pour les deux statuts. En passant par une plateforme en ligne (LegalPlace, Indy, Legalstart), comptez entre 200 et 500 € tout compris. Avec un avocat, le coût monte à 1 000-2 000 €. Dans les deux cas, prévoyez également les frais de greffe (~60 €) et la publication légale (~150-200 €).

Voir aussi

Sources officielles

Cet article s’appuie sur les textes et barèmes officiels suivants :